Urbanity insight

Liliwenn - Née en 1976 à Brest (France), où elle vit et travaille.
Type d'interventions : travaux d'atelier sur toile, bois et papier, interventions in situ dans l'espace public
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Liliwenn - Portrait

Les muses aux narrations fantasmées

"Une recherche esthétique qui concerne l’âme humaine. C’est cette sensation pénétrante qui transparaît à travers les œuvres de Liliwenn. Choisissant un mode d’expression figuratif, son travail dévoile des sujets essentiellement féminins régnant sur un univers onirique composé d’allégories aux détails énigmatiques, disséminés comme des clés confiées au spectateur.

Figures atemporelles, ses héroïnes se font parfois guerrières aux intentions dénuées de toute pensée belliqueuse. Malgré une fragilité perceptible, on aime les imaginer insoumises et authentiques prêtes à livrer tous les combats pour défendre leurs idéaux. La nudité omniprésente cristallise une iconographie de l’universel, témoin de la dimension primitive et instinctive, de cette vulnérabilité qui renvoie à l’essence de l’être. Parler de soi pour parler de tous, c’est de cette manière que l’artiste confie un peu d’elle-même dans ses œuvres, laissant le soin au spectateur d’y entrevoir sa propre image, dans une appropriation du sensible le renvoyant à ses expériences intimes. Ponctuant son monde d’éléments récurrents (fils, rouages, masques…), références à la condition des individus dans notre société contemporaine, elle ouvre les prémisses d’un débat sur la place de l’homme et les rôles qu’il est amené à endosser au cours de son existence. Une mise en tension des contrastes dans lesquels les personnages semblent à la fois sous contrainte et sous protection; la frontière entre sécurité et entrave se délite. Qu’en est-il de notre propre réalité ?

De manière complémentaire, elle emploie l’espace public comme contexte d’expression. La rue, bien collectif, devient le support intuitif et cohérent d’émotions communes, navigant de l’individuel vers l’universel. Devenue incontournable sur la scène artistique urbaine, elle intègre régulièrement des évènements d’envergure (Tour Paris 13, Djerbahood) jusqu’à devenir elle-même l’instigatrice d’une diffusion de l’art urbain qu’elle souhaite porteuse de sens, lorsqu’elle assura notamment la direction du projet “Crimes of minds” de 2010 à 2013. Qu’elles prennent vie sur mur, toile, papier ou bois, ses œuvres se détachent d’une simple réception du beau. L’incarnation devient presque palpable, nous sommes au cœur de la démarche artistique où l’implication émotionnelle du spectateur est requise. Ces muses au magnétisme troublant nous entraîne alors vers des fables dont vous seuls construirez la narration vous invitant à une douce introspection et à la contemplation dans sa forme la plus pure."

© Urbanity - Urban fine art gallery

Liliwenn "Husfreyja", œuvre originale, dessin sur papier

Liliwenn et Bom.K, intervention murale in situ, Ris Orangis (France)

Liliwenn et Sly2,  projet "Vice et versa"

Liliwenn et Bom.K, intervention murale in situ, "Tour Paris 13" commissariat Galerie Itinerrance, Paris (France)

Liliwenn et BomK, intervention dans l'espace public, Hanbury Street, Londres (UK)

Liliwenn "Syndrome", œuvre originale sur toile


Discussion

#Inspiration | Urbanity / Il se dégage de tes œuvres un univers identifiable sensible, personnel, voire intime. Dans quelle mesure l’art urbain a-t-il joué un rôle dans l’affirmation de cette empreinte artistique ?

Liliwenn / "Je crois que ça n’a pas de lien avec le contexte ou le support mais plus avec un chemin introspectif et au fur et à mesure de la pratique."

Quelles sont les différentes étapes du processus de création lorsque tu peins un mur (recherche de l’emplacement, croquis préparatoires, choix du matériel) ?

"J’aime bien le fait d’utiliser différents outils, différentes techniques. Ça permet d’explorer et de pouvoir s’adapter. J’ai trouvé de cette façon mes préférences, par exemple sur bois ou sur toile j’adore la peinture à l’huile. Sur mural je préfère la bombe aérosol. J’aime varier et ne pas être toujours sur la même chose. Passer du dessin à la toile, de la toile au mur et ainsi de suite."

Ta démarche pluridisciplinaire s’inscrit-elle dans une volonté de t’affranchir pleinement des contraintes relatives à la technique et au support ?

"Dans un premier temps c’était de la curiosité, un côté touche à tout, puis j’ai eu ce goût profond pour la bombe aérosol, cette sensation que la bombe peut être le prolongement de sa main, cette impression de liberté. Et puis il est intéressant d’explorer ses multiples possibilités. Avec le temps j’ai trouvé chaussure à mon pied selon ce que je fais, je crois que c’est avant tout une question de sensation et de plaisir. En parallèle après avoir testé différents outils, je préfère le pinceau sur toile, notamment comme je le disais plus haut, la peinture à l’huile, même si je travaille aussi à l’acrylique. Ce qui n’est pas évident c’est de trouver des produits qui ne sont pas nocifs pour la santé, dans ce domaine les fabricants ont encore des progrès à faire. En attendant on fait avec, j’adapte l’outil et le médium au support selon mes préférences. Quant au fait que je pratique sur différents supports, c’est davantage une question d’envie sur le moment ou ça peut faire partie d’un process, tout dépend."

Liliwenn, intervention murale dans l'espace public, Brest, 2013

Tu as mené le projet “Crimes of minds”, auquel tu as consacré trois années entières entre 2010 et 2013, quelles motivations t’ont entraînées dans la réalisation de cette grande aventure ? Quelle est la place de “Crimes of minds” dans l’évolution de ton parcours (professionnel et personnel) ?

"Une partie de la réponse se trouve un peu plus bas. Ce projet m’a beaucoup appris sur des points très différents autant d’un point de vue humain que professionnel. J’y ai développé à travers mes nombreuses "casquettes" de multiples compétences. Ce fut très dur, intense et très enrichissant à la fois, on est jamais le même quand on sort de là. Une belle leçon de vie."

As-tu l’intention de réitérer le développement de projets de cette ampleur ?

"Après ces trois années consacrées à ce projet je n’ai pas l’intention d’en développer de nouveaux pour le moment. J’ai découvert qu’on ne peut pas se consacrer à sa peinture et diriger un projet d’une telle ampleur dans le même temps. Aujourd’hui, après ces trois années dans l’arène j’ai plutôt besoin de me consacrer à ma peinture en solo. Pour la suite on verra."

Crimes of minds, rétrospective du festival, par Sugar Rush, paru aux éditions Critères

Extrait de l'ouvrage "Crimes of minds", rétrospective du festival, par Sugar Rush, paru aux éditions Critères

Tu as choisi d’implanter “Crimes of minds” à Brest, ta ville natale à laquelle tu sembles très attachée. Quels liens entretiens-tu avec ce territoire ? Que signifie pour toi la notion de racines ? Dans quelle mesure l’environnement dans lequel tu as choisi de vivre influence ta production ?

"À la base je souhaitais amener sur Brest ce que j’ai découvert ailleurs. D’une part j’aime cette ville qui en effet est ma ville natale mais qui est également un lieu où il fait bon vivre, loin de l’ébullition des capitales je la perçois comme un havre de paix. Contrairement aux apparences, ce territoire entouré par la mer, malgré qu’il soit au bout du monde, est extrêmement ouvert sur l’extérieur. D’ailleurs nous sommes juste en face de New York (rire). Sa situation géographique en fait l’un des plus grands ports français, c’est une porte d'entrée en Europe. En parallèle avec Océanopolis et Ifremer, la ville rassemble 60 % de la recherche européenne sur la mer. Quant au Conservatoire Botanique National de Brest, il est le siège d’un secrétariat international qui développe des actions de conservation pour les espèces en limite extrême d’extinction. Il gère et entretient l’une des collections les plus importantes au monde de plantes en danger. C’est également une ville étudiante avec ses écoles d’ingénieurs, ses universités. En résumé, tout cela pour dire que cette ville brasse beaucoup de passage que ce soit d’un point de vue scientifique, étudiant, maritime ou autre, elle ne cesse de communiquer avec l’extérieur. Il a paru donc naturel de mettre en place un projet à vocation internationale d’un point de vue culturel. D’autre part, je constatais qu’elle était en pleine mutation et extrêmement ouverte à l’art urbain. Nous avons la chance d’avoir des élus et des acteurs locaux qui militent pour l’égalité et la culture. Fin 2010, début 2011 pas mal de projets commençaient à se développer avec la municipalité (parcours de fresques sur la rive-droite et sur le chemin du nouveau tramway dans le cadre d’appels d’offres). Le graffiti y a également une place importante depuis pas mal d’années même si les terrains se sont malheureusement extrêmement réduits. Cependant, malgré deux passages d’Ernest Pignon Ernest en 2000 et 2006, on ne voyait pas grand-chose se développer en art urbain dans tout son panel de styles et de techniques (d’un point de vue "free"). Dans ce projet, j’ai souhaité présenter un échantillon de sa diversité et de ce qui se fait à travers le monde. J’ai toujours été pour l’ouverture des frontières, l’échange à travers la différence et la démocratisation de l’art et de la culture. Ici il ne s’agissait pas de faire la promotion des artistes locaux mais plutôt d’amener des artistes d’ailleurs et de les laisser s’exprimer et interagir avec la ville. C’est pourquoi ce projet comprenait des artistes locaux, nationaux et internationaux, n’en déplaisent à certains. Le but n’était tout simplement pas de reproduire ce qui existait déjà sur place mais plus d’amener à la découverte et à l’échange face à la différence. Le lieu où je me trouve n’influence pas ma production. Mes racines sont en Bretagne mais je suis terrienne avant tout. Je suis fière de ma région et j’aime ma ville mais je suis consciente qu’il y a énormément de régions, de villes, de cultures, extraordinaires à découvrir partout à travers le monde et c’est cette richesse qui peut ouvrir les esprits et nous épanouir. Je ne crois pas que nous devons rester assis sur nos acquis mais plutôt ouvrir les yeux et explorer, c’est pourquoi malgré le bien que je peux dire de ma ville, je ne la mets pas sur un piédestal. Je déteste le chauvinisme, on a tous à apprendre les uns des autres."

Liliwenn, intervention murale dans le cadre du festival Djerbahood, commissariat Galerie Itinerrance, Erriadh (Tunisie)

Tu as pris part à deux grands projets menés par la galerie Itinerrance, La tour 13 et plus récemment Djerbahood. Comment appréhender la création d’une œuvre lorsqu’elle s’inscrit dans un projet collaboratif réunissant plus d’une centaine d’artistes ? Quelles différences ou parallèles peut-on établir entre ce type d’expériences dans un contexte de création collective, et la conception d’une œuvre destinée à être exposée en solo show ?

"En fait que ce soit dans la Tour Paris 13 ou à Erriadh pour Djerbahood la proximité n’influençait pas le process, la création n’était pas collective car nous avions chacun notre support à peindre et n’étions pas collés les uns aux autres. Donc contrairement à un solo show ce n’est pas la proximité qui a eu une influence mais plutôt le contexte et le lieu dans lequel nous nous trouvions. Déjà pour commencer il ne s’agissait pas de peindre des toiles (donc de petits formats) mais des murals. Ça c’est la première chose qui fait la différence. Ensuite à Tour Paris 13 par exemple nous pouvions peindre des pièces, voire des appartements entiers. Nous pouvions casser des murs, des planchers, récupérer des objets abandonnés, peindre le sol, le plafond... Nous pouvions créer une ambiance qui allait faire entrer le spectateur en immersion totale. Par ailleurs, tout allait être détruit, nous étions dans l’éphémère, cette expérience était vraiment intéressante. À Djerbahood, nous avons vécu une dizaine de jours dans un très ancien village traditionnel, village abritant la plus vieille synagogue du monde, la "Ghriba" où musulmans et juifs vivent en paix. Ce fut une aventure profonde et puissante. Il allait de soi de respecter les usages et coutumes. L’architecture locale était particulière et très intéressante avec ses coupoles par exemple que plusieurs artistes ont exploitées. En hors-circuit il y avait également de magnifiques ruines à investir d’un point de vue artistique. Le support et le contexte dans ces deux cas étaient prépondérants. Pour un solo show c’est totalement différent, on peut prendre tout son temps, des mois voire plus pour créer une collection amenée à créer une ambiance au sein d’une galerie totalement vierge, prête à nous accueillir. Présenter son univers et son travail en atelier."

Le milieu de l’art urbain est un réseau complexe, où la plupart des artistes se côtoient, après s’être rencontrés autour de projets communs par exemple. En fonction de ton expérience, comment définirais-tu les relations qui se nouent au sein de ce microcosme ?

"Comme toutes relations et tous milieux on y retrouve des personnalités différentes, des affinités, des amitiés, des mauvaises ententes, des connaissances, des découvertes, de tout.. Il vaut juste mieux apprendre à parler anglais car ce microcosme est mondial. Ce qui est extrêmement riche c’est sa diversité une fois de plus car chaque artiste à sa culture propre liée à son pays, son style, ses techniques, son expérience... bref il y a énormément à découvrir d’un point de vue artistique et humain. Je me suis personnellement régalée de ces rencontres et de profondes amitiés y sont nées. Et puis c’est drôle de rencontrer des artistes en janvier à Los Angeles et de les revoir complètement par hasard deux mois plus tard à Berlin parce qu’ils font un mural pas loin. Il y a parfois de quoi se demander où on est. ^^"

Liliwenn, mural at "Urban Spree", Berlin (Germany)

Dans une interview, tu expliques que le street art “c’est pour tout le monde et en même temps à personne” dans une comparaison avec la notion d’œuvre tangible et marchandisable. Les notions d’accessibilité et d’appartenance sont tout à fait singulières lorsqu’il est question d’art urbain, peux-tu poursuivre ta réflexion à ce sujet ?

"C’est à tout le monde dans le sens où tout le monde peut en profiter du fait que ça se trouve dans la rue. C’est à personne dans le sens où ça n’a pas d’appartenance, ça ne se trouve pas dans une sphère privée. Après, le fait que certains propriétaire de pignons en arrivent à découper leurs morceaux de murs (concernant les œuvres de Banksy par exemple) afin de se les approprier et de les rendre marchandisables, cela change la donne. Ceci sans parler des vols d’œuvres de rues, nous constatons cela régulièrement, c’est devenu l’activité de certaines de ces personnes qui les revendent par la suite sur Ebay ou dans leur boutique (à Paris par exemple). Ceci est certainement dû à la cote grimpante de certains artistes dont les œuvres désormais au-delà de susciter un intérêt purement artistique, attirent les convoitises. C’est triste car si ces artistes peignent dans la rue ce n’est certainement pas pour en arriver à cette finalité. L’artiste offre au peuple et dans cet acte la personne ne vole pas l’artiste mais vole le peuple à des fins spéculatrices. L’art urbain gratuit de fait est devenu pour la plupart une marchandise. Or c’est un art qui se doit d’être tout sauf élitiste et qui doit rester libre. En parallèle les œuvres qui se trouvent à l’intérieur (musée, galeries..) ne sont pas des pièces urbaines étant donné leur contexte. Ces pièces peuvent être créées par des artistes issu de l’art urbain mais ne se trouvant pas dans la rue je n’appelle pas cela du street art."

Liliwenn, mural in progress, Los Angeles (US), 2014

Tu insistes beaucoup sur la notion de partage des fresques inscrites dans la rue. Selon toi, comment le public perçoit ce type d’intervention dans l’espace urbain ? Que retiens-tu des interactions spontanées que tu es susceptible d’avoir avec les passants durant la réalisation de tes murs ?

"J’ai conscience qu’hormis la notion de partage, nous imposons également nos œuvres. Mais la publicité ne le fait-elle pas déjà et pour des objectifs uniquement mercantiles ? Dans la balance je tiens davantage compte d’une démocratisation culturelle. Dans certains pays comme le Mexique par exemple, l’art urbain peut dénoncer ce que les médias taisent. Le partage de l’art à un rôle important dans une société et peut avoir différentes fonctions. Il a la capacité d’amener à la réflexion, d’ouvrir les esprits, d’amener à la discussion, à l’échange, de bousculer, d’avoir un rôle pédagogique, voire pour certains d’émerveiller, égayer le quotidien au détour d’une rue. Je crois que c’est aussi pour cela que tant de gens sont tombés amoureux de l’art urbain, pour tout ce qu’il suscite d’une façon subversive, c’est quelque chose dont nous avons plus que jamais besoin aujourd’hui autant pour les peintres/graffeurs que pour beaucoup de personnes non associées au milieu artistique. Du fait que je ne me cache pas pour peintre, il est souvent arrivé que des passants viennent me parler, me poser des questions sur ce que je faisais et j’ai par chance majoritairement été face à des réactions curieuses et positives. D’un point de vue sociologique, les réactions et questionnements sont assez intéressants même s’il n’est pas toujours facile de se concentrer lorsque l’on est souvent interrompu."

Dans la rue, tu travailles très souvent des portraits de femmes mettant en exergue l’intensité du regard. Dans tes productions réalisées en atelier, tu mets en scène le corps de la femme à travers la nudité notamment. Le contexte est-il déterminant dans le choix du sujet ?

"Effectivement je peins davantage de portraits dans la rue, ceci plus pour des raisons techniques car j’aurais alors besoin de peindre très grand pour aboutir à ce que je souhaite. Après lorsque je mets en scène la nudité, elle n’a pas vocation à avoir une connotation sexuelle, voire sensuelle, les choses sont majoritairement suggérées. La nudité est ce que nous sommes, dans son plus simple appareil et je ne crains pas que cela puisse choquer. Même si j’ai conscience que ça pourrait tout de même amener des réflexions et des mécontentements mais c’est un risque que je suis prête à prendre."

Liliwenn "Sans titre", dessin original

Tes œuvres sont figuratives avec des éléments récurrents comme la féminité, la nudité, l’intensité des regards, les vanités, des fils autour des corps, les masques, les rouages, les cornes … Telles des clés disséminées, tous ces éléments symboliques interrogent sur leur sens et créent le mystère. Peux-tu nous donner des pistes de réflexions sur le message que tu souhaites livrer au spectateur à travers l’omniprésence de ces symboles ?

"Je ne serai volontairement pas précise car expliquer trop clairement les sens de ces différents éléments enlèverait une part d’imagination au spectateur qui n’aurait alors plus rien à décrypter, plus rien à ressentir, tout serait conscientisé et j’ai toujours préféré les choses suggérées. A la base, cela a commencé par des idées couchées sur le papier sans objectif de faire passer un message précis. Puis la plupart de ces idées se sont développées, sont devenues dessins, toiles ou murals. Je n’ai moi-même pas analysé de suite pourquoi j’avais fait ceci ou cela, c’est en prenant un certain recul que certaines choses sont devenues évidentes et je pense qu’il y a une part de vécu dans tout cela car cette série a démarré à un moment bien précis. Nous sommes tous faits de chair et d’os. Sont mises en scène différentes situations, parfois improbables, certaines émotions finalement propres à chaque être sans distinction culturelle, sociale ou générationnelle et incluant ce qui nous entoure mais également ce dont nous faisons partie. On y retrouve également certains paradoxes qui finalement s’équilibrent. Une osmose entre la nature et l’humain, la vie et la mort, la force et la fragilité... On est dans le primaire, l’instinctif, l’originel, la nature sauvage de tout être, le fondamental. Les éléments les plus récurrents (parfois à double sens) selon les œuvres sont la force face à l’adversité, le nu/la fragilité/la pureté, la résilience ou cette faculté à grandir et à se renforcer malgré les épreuves. La femme/fécondité/vie, la mort/les os/la solidité/la protection, puis les mécanismes, les rouages, le temps, le renouvellement permanent ainsi que l’aspect éphémère des choses. Il n’y a pas de volonté à capter l’insaisissable mais à être dans "Etre" (et non l’"Avoir"). Quant aux masques, il s’agit tout simplement des masques que nous portons tous, soit pour se donner une image, image qui règne socialement, soit pour se protéger, pour manipuler... c’est propre à chacun mais le questionnement est : qui aujourd’hui se montre tel qu’il est ? Et finalement, sommes-nous toujours honnêtes avec nous-mêmes. Un retour aux sources, à l’essentiel. Quelque chose qui manque de plus en plus cruellement à l’ère du numérique, de la superficialité et du capitalisme grandissant. Nous oublions qui nous sommes, d’où nous venons, ce que nous sommes, ce de quoi nous faisons partie. Je cherche l’authenticité et ce que l’on peut puiser au fond de nous-même et de notre environnement."

Liliwenn "Syndrome", œuvre originale sur toile, détail

Ton travail sur l’expressivité est particulièrement abouti. Savoir transmettre une émotion à travers l’intensité d’un regard est une mission délicate et requiert une maîtrise technique indéniable. Considères-tu que l’emploi du spray soit propice à ce genre de réalisations ou exige-t-il une aptitude spécifique ? Peux-tu mettre en parallèle d’autres techniques qui se prêteraient à la recherche d’expressivité chez le sujet ?

"Je ne crois pas que l’émotion ait un lien avec la technique car je n’ai jamais rencontré de différence à ce sujet que ce soit en dessin, au pinceau ou à la bombe. Cela relève plus de l’instinctif, du moins me concernant. Lorsque je créé je dépends beaucoup de mon ressenti, c’est à dire de mon inspiration, si j’ai l’esprit libre, c'est la musique que j’écoute qui, elle, créera l’ambiance et entrera en symbiose avec mon humeur, voire avec l’univers que je veux développer, etc. Ça reste quelque chose de très personnel même si dans la finalité c’est partagé. La technique est une chose, le créatif et l’émotif en sont une autre. La technique restera un outil qui permettra de développer une idée, un concept, une émotion mais sans ces trois éléments, malgré son utilité, elle risque d’être froide, vide et inexpressive. L’âme d’une œuvre ne réside donc pas dans la technique cependant lorsque ces deux facteurs sont réunis, là on se trouve devant quelque chose de vraiment intéressant. J’essaye de donner vie à mes personnages mais j’aurais du mal à vous expliquer comment, car hormis l’aspect technique, il y a ce pseudo état de "transe", cet état dans lequel on est lorsqu’on est hyper focalisé sur une toile, un mur ou un dessin, ce moment où le temps s’arrête, où l’on ressent ce bien-être extraordinaire, où l’on n’est plus là, où plus personne n’est là, juste nous et cette chose qui prend vie sous nos mains. Un espèce d’état second."

Pour faire écho à la question traitant de l’articulation contexte/sujet; d’une manière plus large, peut-on tout peindre dans l’espace public ?

"On pourrait dire non, certains sujets (sexe, violence, …) n’étant pas abordables pour tous surtout sachant qu’en milieu urbain on peut également trouver des enfants. Par contre bousculer les consciences par-ci par-là ça ne fait pas de mal au contraire, même si c’est loin de plaire à tout le monde. Mais le propos n’est pas de plaire."

Liliwenn, intervention murale in situ, Atelier des Capucins, Brest (France), 2013

L’art urbain en tant que mouvement en voie de légitimation a été confronté à d’ardentes polémiques mettant en question la commercialisation des œuvres. Aujourd’hui, le sujet semble moins sensible, notamment en raison du nombre croissant de galeries, fondations et musées proposant une programmation comportant des pièces issues des courants urbains. Quel regard portes-tu sur cette “histoire de l’art urbain” qui s’est écrite simultanément à ton parcours artistique personnel ?

"Le sujet est vaste, il serait difficile de donner un avis en quelques phrases. Je comprends et j’adhère au fait que les musées, livres, ou autres relatent l’évolution de ce mouvement qui a une histoire forte, intéressante et très variée. Et la légitimation passe par là, relater l’histoire. Cela doit juste être fait sérieusement, avec passion, une véritable immersion, des connaissances exactes et sans déformation. Par contre, mon avis concernant les expositions est que du fait de leur contexte, les pièces peintes sur toiles ne sont pas de l’art urbain qui est un art plutôt contextuel (or, là le contexte est "indoor"). Elles peuvent être créées par des artistes issu de l’art urbain mais elles restent des pièces plutôt contemporaines. De ce fait je n’ai aucun problème avec cette histoire de commercialisation car tout travail à une valeur et l’artiste donne beaucoup dans ce qu’il fait. Quoi de plus merveilleux que de vivre de sa passion ? Mais ce sont deux choses bien distinctes. C’est comme si on souhaitait saisir l’insaisissable. Une œuvre d’atelier même peinte par un artiste issus du courant urbain ne sera jamais une œuvre de rue. Alors on pourra apprécier, son style, sa technique, son travail, souhaiter acquérir une de ses pièces mais en toute conscience qu’il ne s’agit pas d’une œuvre de rue. La façon de travailler, son essence, son contexte, tout est différent, seule reste l’esthétique, le créatif, le sujet et d’où elle est issue (c'est à dire de l’esprit et des mains de l’artiste). J’ai donc du mal avec l’appellation "street art" sur des œuvres se trouvant sur des objets voués à appartenir à quelqu’un. Où est la rue dans tout cela ? La légitimation concernant l’art urbain à donc ses bons et ses mauvais côtés, le plus mauvais étant la récupération. On peut se réjouir d’une légitimation lorsque c’est fait avec respect et surtout avec authenticité. L’art urbain en arrive à une banalisation, à une désinformation, le plus risqué étant de perdre son côté subversif qui justement est un des éléments qui a apporté tant de puissance à ce mouvement. Mais les modes vont et viennent et ce mouvement existe déjà depuis plus de 40 ans. Je ne crois pas qu’il ira à sa perte pour autant. Ce qui est triste c’est de voir certains détournements qui font croire au grand public que c’est ça l’art urbain. Je pense notamment à une télé-réalité qui vient de voir le jour sur une chaîne étrangère, le même mode opératoire, une copie conforme de certains télé-crochets mais... en "street art". Nous en sommes à l’ère du vide, de la débilisation (du moins télévisuelle) et l’art urbain, perçu comme quelque chose de "fun" n’y échappe malheureusement pas ce qui fait pleurer certains puristes. C’est comme lorsque le hip hop a commencé à être à la mode, sa commercialisation galopante à fait passer tout et n’importe quoi à la radio. Pour écouter les vraies œuvres musicales il fallait s’accrocher. Cela s’applique à beaucoup de choses. En définitive, seules les personnes réellement impliquées feront la part des choses, trouveront de la qualité et pourront en saisir tout le sens, je dirais même son essence."

La diffusion des œuvres est à présent largement facilitée par les réseaux sociaux. Les artistes actuels ont su saisir l’importance de construire et maîtriser leur image. Cela tend à redéfinir la mission de promotion du galeriste en apportant une plus value complémentaire. Comment appréhendes-tu ces nouvelles règles du jeu qui ont largement évoluées en peu de temps ? Quels nouveaux enjeux se cachent derrière la confrontation directe  artiste / public ?

"Ça a ses bons côtés car le public peut facilement accéder à ce qui se fait partout à travers le monde. Internet est une merveilleuse source de documentation, l’information devient accessible et ouverte à tous. Certains disent que ça ôte le charme de découvrir la pièce au détour d’une rue mais je crois que rien ne l’empêche. D’autant plus que, voir une œuvre murale de 10x23m sur photo ou in situ, je dirai qu’il n’y a pas photo :) Après, en ce qui concerne la relation artiste/public, tout comme dans la rue le feedback est immédiat. L’artiste également devient accessible et communique avec son public. Tout cela démocratise beaucoup les choses et renforcent les liens (mot à double sens)."

Quels messages ou conseils délivrerais-tu à quiconque souhaiterait entamer une carrière artistique ?

"Je peux difficilement donner des conseils à ce niveau-là, à chacun sa propre expérience. Pour ma part j’ai juste suivi ma passion. Travailler, pratiquer, multiplier les expériences, mais ne pas le faire dans ce but. Si l’art interpelle dans le bon ou dans le mauvais sens c’est parce qu’il a une âme, une expression forte. La plupart du temps le peintre agît avec ses tripes, on n’est pas dans de l’artisanat mais dans quelque chose de bien plus profond. Cela dit en passant j’aime beaucoup l’artisanat, ce sont juste deux choses distinctes. Le pratiquer dans l’unique objectif de plaire, de vendre ou de faire carrière lui ferait perdre toute son essence. Se lâcher et bosser."

Liliwenn contribution pour Surf Rider Fondation

Tu fais régulièrement part de ton engagement pour la défense de l’environnement et d’autres causes dites “alternatives”, peux-tu évoquer la nature de ton engagement et les raisons de cette prise de position ?

"Je ne peux pas dire que je suis engagée car je ne fais que partager certaines informations qui me semblent concrètes, utiles ou importantes. Enfant, j’étais déjà sensibilisée. J’ai eu la chance toute gamine d’explorer différents horizons, de voyager, de découvrir différentes ethnies et la principale chose que j’ai acquise tout au long de ma vie fut à quel point la différence était une richesse. Il y a donc des causes ou des injustices qui me hérissent et/ou qui me font réagir. Concernant l’environnement, tout est équilibre et l’humain bouleverse dangereusement cet équilibre. A un tel point qu’aujourd’hui il met en péril l’avenir d’une planète entière, l’avenir de ses propres enfants. Il est impossible actuellement de fermer les yeux, ce ne sont plus de simples élucubrations et cela prend des proportions qui inquiètent dorénavant les personnes qui sont au sommet de certains états. Les multinationales prennent le pouvoir sur les politiques, tout n’est que gain et capitalisme au détriment de la santé des gens, de la vie en elle-même sous toutes ses formes. Les grands groupes de l’agro-industrie détruisent le monde et anéantissent la santé de tous les règnes vivants. Cela est très inquiétant et je pense que c’est à nombre de gouttes d’eau que se formera l’océan, c’est à dire que c’est à chacun en agissant localement d’inventer de nouvelles façons de vivre, de consommer ou de produire. C’est le peuple qui déterminera ce changement pour une évolution plus favorable."

La phrase qui résumerait ta philosophie de vie ?

"Un mot "résilience". Et en parallèle : Le bonheur n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur de nous. Tout est dans la perception que l’on a des choses."

Expositions & projets


2015

"Urban in Ibiza", exposition collective organisée par la West Bank London Art Gallery, hôtel Atzaro, Ibiza, (Espagne).
Surfrider Foundation Bretagne, (France).

2014

Exposition / vente Artcurial, Paris, (France).
"Djerbahood", intervention murale dans l’espace public, Erriadh, (Tunisie), Juin 2014.
Intervention murale dans l’espace public, Berlin, (Allemagne), Avril 2014.
Intervention murale dans l’espace public, Los Angeles, (Etats-Unis), Janvier 2014.




2013

Exposition murale "La Tour 13", commissariat Galerie Itinerrance, Quai d'Austerlitz, Paris, (France).

Rétrospective "Crimes of Minds", exposition collective et intervention on situ, Ateliers des Capucins, Brest, (France).

Exposition / vente, Étude Tajan, Paris, (France).

2012

"Urban in Ibiza", Exposition collective, (Espagne).

"International W Collective", Exposition collective, 44309 Gallery, Dortmund, (Allemagne). 

"1st Cut", Exposition collective, West Bank London Art Gallery, Notting Hill, Londres, (Angleterre).

Exposition / vente Étude Piasa "Art Contemporain", Hôtel Drouot, Paris, (France).
Mur en collaboration avec Bom K dans le cadre du projet Crimes of Minds Episode #12, Brest, (France), Juin 2012.


2011

"Female Street Art On The Roof" & "Urban Queen", exposition collective, mise en scène par Inner Walls & Urban Painting, Milan, (Italie). 

"Urban in Ibiza", exposition collective, Atzaro Hôtel, Ibiza, (Espagne).

"Bank Job", exposition collective, West Bank London Art, Londres, (Angleterre).

"Urban Invasion", exposition collective, West Bank London Art, Londres, (Angleterre).

"Crimes of Minds - 1st episode", organisation et participation exposition collective, Brest, (France).

"40 street artists au carré", exposition collective, Glaz'art Porte de la Villette, Paris, (France).

"Rue-Stick", exposition collective, MuseAAV, Nice, (France). 

Exposition collective / vente, Palais d'Iéna, Paris, (France).
Meeting of Styles, Buenos Aires, (Argentine), 11 au 13 novembre 2011.
Mur dans le cadre du projet Crimes of Minds, Brest, (France), 15 au 18 août 2011. Invités : OAOFB (vidéo), Chrixcel (Photos).
Mural/Tournage vidéo clip des ASM (A State of Mind) avec David Sedlaczek (Directeur), Paris, (France), 26 au 28 juillet 2011. 


 ).

2010

"Schoony boy soldier", exposition collective, Graffik London Gallery (Portobello road), Londres, (Angleterre).

"Schoony boy soldier", exposition collective, BlackAll Studios, Léonard Street Gallery (Shoreditch), Londres, (Angleterre).

"Urban In Ibiza", exposition collective, Atzaro hôtel, Ibiza (Espagne).

"Vitryjam", exposition collective, Galerie Dunia Wall painting, Paris/Vitry-sur-Seine, (France).
Fondation et direction du projet "Crimes of Minds" (de 2010 à 2013, 21 murs réalisés par 26 artistes différents, un ouvrage, un documentaire filmé).
Projet Palimpseste par Zilda, Rennes, (France), 10 décembre 2010.
"La Miroiterie", Paris, (France), 20/25 octobre 2010.
Inauguration par le Maire de Brest de la fresque sur les écrits,(France), 9 octobre 2010.
"Meeting of Styles", Londres, (Angleterre), 21 août 2010.
Collaboration avec Indigo, Vancouver, (Canada).
Mango Landin, Londres, (Angleterre), 8 juin 2010.
Upfest (urban art event), Bristol, (Angleterre), 6 & 7 juin 2010.

2009

"Square route", Exposition collective, organisée par Lielow & Sketch Graham & Oldham gallery, Ipswitch, (Angleterre).
"Mutate Britain - One Foot In The Grove" (underground art event), Ladbroke Grove, Londres, (Angleterre), 9 au 31 octobre 2009.
Upfest (urban art festival), Bristol, (Angleterre), 6 & 7 juin 2009.


Démarche

"J’essaye de donner vie à mes personnages mais j’aurais du mal à vous expliquer comment, car hormis l’aspect technique, il y a ce pseudo état de "transe", cet état dans lequel on est lorsqu’on est hyper focalisé sur une toile, un mur ou un dessin, ce moment où le temps s’arrête, où l’on ressent ce bien-être extraordinaire, où l’on n’est plus là, où plus personne n’est là, juste nous et cette chose qui prend vie sous nos mains. Un espèce d’état second." Liliwenn

Liliwenn "Get to the roots", dessin original

"Liliwenn est originaire du bout du monde, barrière transatlantique là où les terres s'achèvent. Travaillant sur toile, bois ou autres supports ainsi qu’en milieu urbain et urbex (lieux abandonnés), Liliwenn expérimente diverses techniques travaillant à l’acrylique, à l’encre, à la bombe aérosol, ainsi qu’à la peinture à l’huile. Cette artiste aime les matières nobles comme le bois laissant transparaître une forme de vie et son histoire par ses nœuds et ses veines. Son travail artistique est axé sur la nature sauvage de tout être sans distinction culturelle, sociale ou générationnelle car nous sommes tous faits de chair et d'os. On peut y trouver un aspect métaphorique, parfois symbolique, jouant toujours sur les paradoxes entre fragilité, solidité, vie, mort, combativité et espoir à travers notamment la féminité et cette connexion à la nature à laquelle, même si nous nous trouvons dans un monde 2.0, nous n'échappons pas. Un retour au fondamental, à l'essence même de la vie, de ses cycles et de son renouvellement permanent. Ces scènes parfois tourmentées, alliées de finesse et de poésie mêlent les époques, l’onirique, avec un semblant de réalisme, suscitent l’imaginaire de chacun, essayant de générer en premier lieu l’émotion qui nous habitent tous. Avide de découvertes et de partage, elle prit part à des évènements d’art urbain dans différents pays et fut invitée à peindre et à exposer son travail en Angleterre, France, Espagne, Italie, Allemagne ainsi qu’en Amérique du Sud. Elle a également participé à des ventes avec l’étude Pierre Bergé (Palais d’Iéna) ainsi que Piasa (Hôtel Drouot), Tajan, Artcurial (Paris) et a laissé sa marque dans certaines villes comme Los Angeles, Londres, Paris, Berlin ou Buenos Aires pour en citer quelques-unes. Liliwenn se plaît à casser cadres et frontières, prônant une liberté, exprimant les émotions les plus viscérales avec un grain de poésie et de rêve." (Texte de présentation, extrait du site internet de l'artiste).

  • Acquérir: 2 750 €

    Liliwenn - Huile sur toile, 97X130cm, 2015
    Disponible
    2 750 €
  • Acquérir: 2 500 €

    Liliwenn - Huile sur toile, 116X89cm, 2015
    Disponible
    2 500 €


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