Urbanity insight

Swiz - Né en 1983 à Paris (France), où il vit et travaille.
Type d'interventions : productions d'atelier sur toile, bois, papier et métal,
travaux en volume, murs et fresques dans l'espace public, interventions in situ.

Swiz - Portrait for Urban Art Fair 207 New York (Courtesy David Bloch Gallery)

Vers un langage structurel

"Swiz érige des structures dont l’intrication parfois à peine suggérée provoque le sensoriel. La perception est gouvernée par des compositions chromatiques créées sans que le hasard y trouve un quelconque terrain d’expression. Durant les étapes préliminaires, les options paraissent infinies. Les lignes semblent pouvoir se déployer inconsidérément, sans mesurer la dimension connexe de chaque élément ni l’interdépendance décisive à laquelle ils seront rapidement soumis. Une illusion réductrice qui s’effondre en vertu d’un processus de création dont la rigueur sert l’aboutissement solide de l’œuvre. 

Si l’inattendu s’envisage sereinement au fil du processus, induisant de nouvelles voies à emprunter, cela n’impliquera pas pour autant de confier l’œuvre aux aléas de l’inconnu. Au contraire, elle pourra se parfaire dans l’exploration d’un nouvel enchevêtrement, en déviant de l’esquisse préalable dans une opportune transgression. L’idée originelle y survit indéniablement; ici, la création doit atteindre son but et c’est avec réflexion et pragmatisme qu’elle le conquerra.

La couleur, dimension fondatrice de l’œuvre, se présente sous une pluralité de teintes accordées selon une partition tout aussi planifiée. Les jeux de transparence composent une harmonie qui ne naît qu’à travers ses relations; complémentaires, fondues, contrastées, quelle qu’en soit la nature, le bien-fondé des accords reflète l’œil habile et sophistiqué de l’artiste.

La trame poursuit son évolution, elle se forme, prend vie, se déconstruit même parfois pour échafauder un nouveau plan, tandis que le cap reste inchangé; il s’agit de constituer "la" combinaison, celle qui laissera paraître, au delà des formes, au delà des lettres, un ressenti subliminal, celui de l’équilibre, de la justesse véritable. Allez déceler la lettre, puis le mot, le message, la sensation. Un langage hybride comme pour livrer l’intime avec pudeur, transmettre délicatement l’essentiel dissimulé derrière le structurel.

L’affectif est sous-jacent. Il conditionne la production, définit son essence et en exacerbe la portée. Cet ancrage du sensible s’articule pleinement avec la notion de territoire et se révèle dans sa pratique urbaine in situ. Des lieux sanctuarisés par l’oubli, qu’il investit pour leur charge émotionnelle, l’âme d’un passé lointain, d’un fourmillement révolu dont l’énergie indélébile devient créatrice. Cette esthétique du délabrement s’apprivoise en une potentialité inspirante qui devient le théâtre de mises en scène multi-matières et colorées. Les assemblages en bois y trouvent une résonance pertinente pour fonder des sculptures en adéquation avec leur mise en situation qu’il prend le temps de façonner, à l’abri des regards. Dans un rythme radicalement inverse, Swiz reste très actif au cœur de la ville,  à travers sa pratique originelle : le graffiti. De sensibilité vandale, il conserve une activité soutenue dans la rue, disséminant entre autre son gimmick distinctif "JE SWIZ ICI", parfois de manière surdimensionnée sur les toits zingués de la capitale.

Murs spontanés, projets marquants ("Les Bains Douches" coordonné par Magda Danysz, "Mausolée" par Lek et Sowat), expositions de renom ("Tag" au Grand Palais)... Swiz s’entoure régulièrement d’artistes dont l’impact sur la scène internationale ne cesse de se propager, et avec lesquels il fondera le groupe “Frenchkiss”, s’engageant au cœur d’une dynamique collective vertueuse propice à toutes expérimentations. Adoubé par la mouvance graffuturiste, il prend part au group-show américain "A major minority" commissionné par l’artiste Poesia, qui donnera un écho inédit à l’avant-garde de l’art urbain contemporain, une génération d’artistes émancipés aux aspirations sans limite. C’est dans cet élan initiateur que le territoire de Swiz poursuit son expansion, divulguant à chaque nouvelle pièce, une dialectique dissimulée, des allégories structurelles à décrypter, un langage sensoriel à conquérir."

© Urbanity - Urban fine art gallery


Swiz - Vue d'atelier | Urbanity - Urban fine art gallery



Swiz - Œuvre "The chaos we need (to structure)" | Urbanity - Urban fine art gallery

Swiz - Acrylics on concrete - Intervention in situ | Urbanity - Urban fine art gallery

Swiz - Œuvre "Escape" | Urbanity - Urban fine art gallery

Swiz - Intervention in situ | Urbanity - Urban fine art gallery


Discussion

#Inspiration | Urbanity /  C’est en 2000 que tu débutes le graffiti, aujourd’hui tes œuvres prennent des formes multiples : graffiti, toiles, installations in situ. Autodidacte, tu n’as pas suivi de formations artistiques, et pourtant tu as su faire remarquer ton travail au Grand Palais à l’occasion de la célèbre exposition "Tag" en 2009, ou lors de l’exposition intitulée "Dans les entrailles du Palais de Tokyo" en 2013. Quelles étaient tes sources d’inspiration à tes débuts et comment ont-elles évolué à ce jour ?

Swiz / "Sans éducation artistique particulière, je n’étais pas destiné à m’engager dans la peinture. Enfant, mon frère dessinait plus que moi et le peu de souvenirs liés à l’art sont ceux d’une incompréhension et d’un ennui assez profond lors de quelques visites de musées. J’ai en revanche le souvenir de ces énormes mots peints sur les murs de la route des vacances. Je m’interrogeais sur leur sens puisqu’accolés les uns aux autres, ils formaient une longue phrase incompréhensible. Qui les faisait ? Pourquoi ? Et surtout comment ? La découverte du graffiti à l’adolescence a été un catalyseur. Soudain, une activité regroupait le sport, les potes, l’aventure et sans doute un réel besoin d’expression que je m’ignorais à l’époque. Elle nous permettait de laisser une trace, fut-elle souvent très éphémère, et d’affirmer nos identités à travers des noms de substitution. Surtout, je sentais s’ouvrir les portes d’une face cachée de la ville, que l’on entrevoit à travers les vitres du métro quotidiennement ou derrières les palissades, de nouveaux territoires à explorer. J’avais alors très peu de références visuelles et ai mis pas mal de temps à découvrir l’existence de publications spécialisées, mais j’étais attiré instinctivement par les lettrages complexes et illisibles, aux formes aiguisées et aux nombreuses flèches. Mon approche de ce mouvement a beaucoup évolué en 15 ans, s’est nourrie d’influences multiples puisées dans des domaines variés mais sans doute cette notion de complexité, ou plutôt de cryptage est-elle encore présente aujourd’hui, sous une forme bien différente. "

Swiz - Graffiti | Urbanity - Urban fine art gallery

Tes œuvres sont associées au courant graffuturisTE, qui a favorisé l’émergence de productions hybrides et expérimentales au sein de l’art urbain. Il se caractérise également par son empreinte forte à l’histoire de l’art et notamment au mouvement du futurisme. Te sens-tu proche de cette filiation qui t’est régulièrement attribuée ?

"Le site internet de Poesia a recensé, relayé et mis en perspective des productions plus expérimentales et détachées des codes "standardisés" du graffiti traditionnel. C’est une démarche altruiste et positive qui a permis de mettre en lumière la dimension internationale de cet art. Ça a aussi stimulé les échanges et créé des liens entre certains artistes qui ont puisé leurs inspirations dans les mêmes mouvements. Sur le plan idéologique, le futurisme faisait l’apologie des machines, de la vitesse, voulait révolutionner l’art en faisant table rase du passé, il véhiculait des idées proches du fascisme et prônait une certaine forme de violence. Je ne partage pas ces idées 100 ans plus tard et le travail que je souhaite développer se pose plutôt en réaction à ces notions de vitesses et à l’omniprésence de la machine, je ne suis pas dans une recherche de mouvement. Nous vivons dans un monde entouré de machines, elles m’effraient car il semble qu’elles évoluent bien plus vite que nous n’en sommes capables... Peindre, c’est aussi lutter contre ça, maintenir un lien direct entre le cerveau et la main. En revanche, je suis très sensible à la manière dont les cubistes ont su éclater les volumes et n’en prélever parfois que l’essence pour mieux décomposer puis recomposer leurs sujets. Cette manière de partitionner, diviser l’espace, a nourri mon travail sur les mots. "

Swiz - Œuvre "Map of nowhere" | Urbanity - Urban fine art gallery

Pour faire écho à la question précédente: sans nécessairement vouloir attribuer une "étiquette", l’affiliation à un courant spécifique permet souvent de contextualiser le travail d’un artiste au sein d’une production contemporaine hétérogène. Acceptes-tu le jeu de la classification lorsqu’il permet au public de mieux cerner la démarche de l’artiste ? Considères-tu au contraire que ce système tende à être obsolète lorsqu’il s’agit d’évoquer des formes d’art multiples et transdisciplinaires ?

"Je joue le jeu dans la mesure où je préfère participer à des projets dans lesquels les artistes ont des domaines de recherche qui peuvent se croiser ou être en lien. C’est d’ailleurs déjà le cas lorsque je participe à des murs collectifs dans la rue. Je sais la richesse que peut apporter la confrontation de plusieurs langages, c’est un peu comme un groupe de musique, chacun a sa partition et contribue à un ensemble homogène. Comme il y a sans doute des artistes avec lesquels je ne pourrais pas m’accorder. Je comprends que les gens aient besoin d’identifier rapidement un artiste mais je serais bien incapable de mettre une "étiquette" sur mon travail. Je pense qu’on y gagne à étudier les productions individuelles plutôt qu’à les noyer dans un magma réducteur, le pire étant cette appellation "street art", qui réduit carrément l’œuvre au support, comme si l’on avait nommé "Toile art" tout ce qui a été produit sur de la toile au siècle passé. J’ai appris à peindre dehors en centrant mon travail sur la lettre et poursuis cette recherche en atelier. Je souhaite aujourd’hui développer un langage de formes et de couleurs qui me corresponde et mes influences vont du cinéma à l’architecture en passant par l’histoire de l’art du XXème siècle. J’ai conservé certains aspects du graffiti, comme la lettre, même si elle tend à disparaitre au profit du Langage, mais également une forme d’économie de moyens dans les matériaux utilisés profondément associée au graffiti."

Swiz - Œuvre "Parages de l'inconnu" | Urbanity - Urban fine art gallery

Ton travail de writer, basé sur la forme de la lettre, est en soi une abstraction, qui a amené naturellement des compositions de formes abstraites. Dans son ouvrage "Du spirituel dans l’art" Kandinsky théorise les fondements de l’abstraction : "La beauté de la couleur et de la forme (malgré les prétentions des purs esthètes et des naturalistes, qui visent surtout à la "beauté") n’est pas un but suffisant en art." (Cf. "Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier", 1911). Que penses-tu de cette réflexion aux prémices de l’abstraction et comment positionnerais-tu ta démarche par rapport à celle-ci ?

"La dimension strictement contemplative de la peinture abstraite ne m’intéresse pas. Formes et couleurs ne sont pas autosuffisantes. C’est pourquoi je conserve une structure, qu’elle soit alphabétique, architecturale, figurative ou non. Cette structure ne doit pas non plus se montrer trop restrictive ni tyrannique et laisser la place à l’égarement. C’est ce sur quoi je travaille par exemple sur toile telle que "Lose yourself". En voyageant, j’ai pris conscience de l’importance de se perdre. J’ai été frappé par la manière dont les gens, lorsqu’ils découvrent un endroit, ont les yeux rivés sur une carte ou un guide, effrayés par l’idée qu’ils pourraient à un moment ne plus savoir où ils sont ni comment retourner à leur point de départ, si rassurant puisque connu. J’ai au contraire naturellement toujours tendu vers l’égarement, qui laisse place à la découverte, l’inconnu et nous confronte à nos émotions. Sans doute faut-il savoir se perdre pour trouver. La plupart des villes d’occident suivant un plan en échiquier, nous évoluons dans un espace structuré et sommes normalement apte à nous localiser. En Asie par exemple, de nombreuses diagonales viennent percer ces perpendiculaires et se repérer devient beaucoup plus compliqué. Aussi, mes peintures invitent à l’égarement, à se frayer son propre chemin ou à découvrir les mots qui s’y trouvent éventuellement. Mais je ne cherche pas à laisser le spectateur complètement perdu face à une situation inextricable, une structure géométrique apparaît suffisamment nettement pour qu’il puisse "avancer". Dans mon cas, cette structure est assez similaire à celles des villes telles que nous les connaissons en occident."

Swiz - Œuvre "Lose yourself" | Urbanity - Urban fine art gallery

#processus | Tu dis ne jamais travailler à partir de croquis pour réaliser tes toiles et créer de manière spontanée, une ligne en amenant une autre, une couleur en suggérant une autre. Tes œuvres sont donc le reflet de l’expression de tes émotions pendant la durée de la création. Peux-tu en dire plus sur cette liberté du processus, qui semble à priori paradoxale avec un travail nécessitant une organisation soignée, méthodique et harmonieuse des formes et des couleurs ? Cette manière de procéder se transpose-t-elle également à tes créations murales ?

"Si je n’ai pas de croquis exact de ce que je vais produire, le travail d’esquisse qui précède la phase de peinture sur le support est en revanche précis et rigoureux. Il m’est essentiel de garder cette dimension ludique, je construis une peinture au fur et à mesure, chaque forme implique les suivantes et communique avec celles qui l’entourent. Cette vision urbaniste s’applique énormément à mon travail, si je n’ai pas d’esquisse prédéfinie, c’est pour me laisser le plaisir de déambuler dans l’espace, découvrir là où je peux aller, par où ressortir ou comment repartir par un autre chemin que celui qui m’a mené là où je suis. Il m’arrive de me retrouver face à des murs. Il en est de même pour la couleur, certaines s’opposent, d’autres créent des liens, sont des passerelles qui me permettent d’évoluer dans l’espace de la toile."

Swiz - Vue d'atelier | Urbanity - Urban fine art gallery

Depuis quelques années, pour des raisons de confort et de liberté de création, même lorsque tu peins dans la rue, tu préfères utiliser pinceaux et rouleaux plutôt que des bombes de peinture. T’éloignant des usages traditionnels en choisissant de graffer à l’aide d’ un panel d'objets utilisés par les plasticiens, ton travail pourrait se situer aujourd’hui à la frontière entre graffiti et peinture et arts visuels plus largement. Selon toi, quelles conséquences cette évolution de ta technique a-t-elle eu sur tes créations ?

"La bombe de peinture est un outil fantastique dans la mesure où elle fait jaillir la couleur rapidement, s’adapte à tous les supports et permet de remplir vite des espaces vides. Mais elle est également très toxique, nocive pour la santé des utilisateurs. Et elle est très connotée, une personne qui peint dans la rue avec une bombe de peinture est un tagueur, avec tous les clichés que cela renvoie aux gens. Je me suis rendu compte que faire la même chose, en plein jour et devant tout le monde avec des rouleaux et des pots de peinture ne renvoyait pas cette forme d’agressivité que certains perçoivent dans la bombe. La frontière entre graffiti et peinture ne se situe pas dans mon esprit mais dans l’interprétation de ce que voient les gens. J’ai donc appris à peindre au rouleau, ou au pinceau, ce qui m’a permis d’entamer un travail de découverte de la couleur, puisque j’ai pu les mélanger et en créer de nouvelles, sans être cantonné au nuancier d’une marque de bombes. Je peins énormément à partir des teintes ratées, que je récupère à bas prix dans les boutiques de peinture. Il s’agit de pots qui sont le fruit d’erreurs dans la quantité de pigments et qui ne correspondent donc pas exactement à la commande passée par le client. Les boutiques doivent donc les recycler ou s’en débarrasser à bas prix. J’aime l’idée de réutiliser ces couleurs, certes ratées pour le client qui voulait une cuisine vert amande, mais qui trouvent une nouvelle vie, sur une toile, dans un terrain vague ou une palissade dans la rue."

Swiz - Public space | Urbanity - Urban fine art gallery

Intéressé par différentes formes de techniques pour réaliser tes œuvres qui nécessitent précision et rigueur mathématique, tu peux aussi bien utiliser le pinceau, le posca, la bombe, ou la scie sauteuse. Cette manière d’expérimenter sans cesse, d’associer les techniques les plus variées, est-elle une démarche consciente visant à développer un art hybride en renouvellement constant ?

"J’utilise simplement les outils dont j’ai besoin pour réaliser ce que je veux faire, je suis curieux des différentes techniques et ouvert à tout. J’apprends beaucoup des gens autour de moi qui ont des savoir-faire manuels et je confesse que j’aime regarder les vidéos diffusées dans les rayons bricolage… Quant au renouvellement, je considère évidement la peinture comme quelque chose d’évolutif, qui nécessite une remise en question constante, c’est ce qui permet de continuer."

Swiz - Œuvre en volume "Mental garden" courtesy David Bloch Gallery, photographie Nico Lafamour| Urbanity - Urban fine art gallery

#Œuvres | L’ancrage de ton travail au sein de bâtiments abandonnés, apporte une valeur sensible non négligeable à tes œuvres qui bénéficient d’un supplément d’âme. Peux-tu évoquer cet aspect de ta démarche qui consiste à investir des éléments porteurs d’un certain vécu ?

"C’est simplement en découvrant une ancienne blanchisserie près de chez moi il y a une dizaine d’années que je me suis découvert cette sensibilité pour les lieux abandonnés. Les murs étaient à l’origine peints en bleu. Le temps et la pluie avaient fait passer cette couleur, en recréant d’innombrables nuances. La rouille attaquait le métal, la nature revenait par endroits, le vert venant se mélanger au bleu des murs. J’ai été subjugué par cet endroit, qui avait eu une véritable fonction, mais que tout le monde avait abandonné un jour, y laissant même les cahiers de compte. Ce lieu oublié de tous, je l’ai fait mien et l’ai tenu secret plusieurs années, j’ai pris soin de ne pas le détériorer en réfléchissant aux peintures que j’allais y faire et en le considérant un peu comme un lieu sacré. Peindre dans un endroit secret m’a permis d’agir de façon plus libérée et d’expérimenter, puisque le résultat n’était pas soumis au regard et au jugement des autres. J’ai beaucoup appris dans ce lieu avant qu’il ne devienne une énième agence de communication, et depuis j’ai toujours recherché de nouveaux lieux, de nouvelles configurations d’espace qui puissent supporter ma peinture. Il y a d’ailleurs toujours quelque chose de magique dans la découverte d’un endroit, souvent une période d’observation, pendant laquelle je ne peins pas, je découvre l’histoire du bâtiment, sa fonction initiale, le fouille de fond en comble, envisage ses différentes possibilités, puis j’y interviens et je deviens "maître des lieux"."

Swiz - Intervention in situ | Urbanity - Urban fine art gallery

Parfois les formes de tes œuvres révèlent une suite de lettres, d’autres fois il s’agit de mots ou phrases comme "Hypnotic" (2014), "Future is now" (2014), "Lose Yourself" (2014)... Le public est invité à décrypter le message dissimulé dans la composition. pour quelle(s) raison(s) la stylisation de la lettre dans ton travail et dans le graffiti de manière générale, domine graphiquement sur le sens du mot ? Est-ce par pure volonté d’esthétiser et de dynamiser les formes, de susciter l’interrogation du public, ou pour suivre le chemin tracé par les writers dès les années 60, modifiant les lettres de leur nom afin de préserver leur anonymat ?

"J’aime les mots, ils sont riches, nombreux et porteurs de sens. Dans mon travail, je les utilise comme base de construction mais ils ne sont pas choisis au hasard et leur sens n’est pas anecdotique. Je pense au contraire qu’ils sont le fil rouge de mon travail, ils guident le choix des formes, des couleurs et s’inscrivent dans une époque donnée. Chaque mot, chaque phrase ou pensée m’ouvre une porte sur la suivante. Et même dans les toiles qui ne comportent pas de mots, je conserve cette structure proche de la lettre. Formes et couleurs n’imposent plus un mot à lire ou à déchiffrer, mais proposent un langage, que chacun va pouvoir lire à sa manière. Le graffiti a une dimension unique dans le sens où chacun, au départ, part avec les mêmes atouts, un alphabet commun et une volonté de travailler dessus, ou de le répandre, le modifier, le détruire. C’est incroyable la richesse des styles et comment, tout autour du monde, les gens ont passé des années à faire évoluer la forme des lettres."

Certaines de tes œuvres présentent un travail de déconstruction méthodique et logique en juxtaposant les formes, les couleurs et les lettres. Superpositions, ruptures, entrelacs, enchevêtrement chromatique homogène, illusion de profondeur… Pourrais-tu parler de ce processus consistant à donner du contraste et de l’harmonie à l’œuvre en organisant une composition déstructurée?

"Le processus varie en fonction des toiles, je pars souvent d’une esquisse très rigoureuse puis me laisse la liberté de dévier quand je le pense nécessaire. Je passe autant de temps à peindre qu’à observer la toile en construction et à réfléchir à la manière dont je vais pouvoir la faire évoluer. Chaque forme ou couleur interagit avec toutes celles qui l’entourent et, comme sur un échiquier, je dois envisager les coups à venir, respecter l’ordre des choses et faire en sorte que l’ensemble ait été construit de manière solide. Je passe énormément de temps à réfléchir à la couleur, à faire mes mélanges et il arrive qu’une même zone change plusieurs fois de couleur avant de me satisfaire. Chaque peinture se construit au fur et à mesure, encore une fois comme une ville, dont on libère des espaces pour reconstruire quelque chose en prenant en compte tout ce qui se trouve autour."

Swiz - Œuvre "Structure of confusion 1" | Urbanity - Urban fine art gallery

#insitu | Tunnels, friches, lieux désertés, oubliés ou voués à la destruction, tes installations investissent souvent des lieux auxquels plus personne ne prête attention. Réappropriation d’un environnement ancien et mise en scène de l’œuvre, le choix de l’espace est essentiel dans ton travail. Comment s’effectue la recherche de lieux potentiels? À travers ta démarche, s’agit-il de privilégier le potentiel esthétique du lieu ou d’en valoriser l’histoire ?


"Je me déplace en scooter et j’observe énormément ces endroits auxquels plus personne ne prête attention justement. J’ai en tête un certain nombre d’endroits dont je sais qu’ils deviendront potentiellement exploitables. Lorsqu’ils le deviennent, parfois la configuration de l’espace fait que l’intervention que je vais y faire va me sembler évidente, parfois je dois y revenir plusieurs fois avant de savoir quoi faire. Et il arrive aussi que l’endroit ne me parle pas et que j’y laisse simplement une trace un peu anecdotique. Pour ce qui est de la blanchisserie que j’évoquais plus haut, j’ai simplement voulu ne pas la dénaturer en ne la surchargeant pas de couleurs et en gardant cet aspect un peu passé des couleurs. Mais lorsque j’ai pu accéder aux usines Renault de Boulogne et que j’y ai retrouvé les grandes lettres de la façade abandonnée au fond d’une salle, l’idée s’est rapidement imposée à moi de composer le mot "ART" avec, de les peindre et de les mettre en situation dans le lieu. Et ces lettres vouées à partir à la benne se sont finalement retrouvées en couverture du livre "Hors du temps 2" d’Antonin Giverne. C’est très révélateur de l’approche que j’ai, et que beaucoup d’autres artistes ont aussi, de ces usines abandonnées, leur offrir un sursaut poétique, une dernière histoire avant la destruction. Il y a souvent un lien très affectif avec ces lieux et ils marquent une époque."


Swiz - Ouvrage "Hors du temps 2" Le graffiti dans les lieux abandonnés, par Antonin Giverne, éd. Pyramyd | Urbanity - Urban fine art gallery

#projets | Tu as notamment pris part aux projets "Mausolée" (2012) et "Les entrailles du Palais de Tokyo" (2013), à l’initiative des artistes Lek et Sowat dans les ruines d’un supermarché de la région parisienne et dans les souterrains du célèbre centre d’art parisien, les lieux étant rendus accessibles au public le temps d’une exposition. L’art urbain nécessite-t-il des scénographies innovantes et une expérience originale pour être mieux appréhendé par le public ?

"Ces deux projets ont peut-être amené les gens à prendre conscience d’un aspect du graffiti qu’ils ignoraient jusqu’alors, moins accessible et plus abstrait, moins centré sur l’individualité et ouvert au collectif, je pense que c’est une bonne chose. Ils ont mis en lumière ce qui se passe dans le noir, là où personne ne va et ont su rendre poétiques ces actions souterraines. Sur le plan humain, le "Mausolée" reste pour moi une excellente expérience, marquante et enrichissante, qui m’a permis de me libérer de certains codes et automatismes qui auraient pu empêcher ma peinture d’évoluer. Je ne sais pas si l’art urbain reste urbain dès lors qu’il n’est plus dans la rue et je pense qu’il y a beaucoup de manières de produire un travail d’atelier lorsqu’on a toujours peint des murs, mais il est intéressant d’avoir fait cette proposition au Palais de Tokyo, d’avoir immergé les gens dans un espace entier, fruit d’un travail collectif, et de les avoir confrontés à ce langage que la plupart ignoraient auparavant."

Les collaborations sont omniprésentes dans l’art urbain. Tu réalises très régulièrement des pièces collectives avec les membres des crews auxquels tu appartiens ou d’autres artistes dont tu apprécies simplement le travail. Comment ce type de démarches participent-elles d’une émulation créative ? Dans quelle mesure l’appartenance à un groupe d’artistes contribue à l’évolution de ton travail artistique personnel ?

"Je prends beaucoup de plaisir dans ces peintures collectives, nous avons d’ailleurs créé un groupe, les "French Kiss", qui est basé sur cette manière de faire. Les collaborations sont en effet très fréquentes, mais le fait d’intervenir sur les formes des autres n’était pas forcément quelque chose d’extrêmement répandu dans le graffiti. C’est le parti pris des murs que l’on fait ensemble, cela implique d’accepter que l’autre recouvre, déforme, réinterprète une de tes formes à sa manière. J’y vois plusieurs vertus, le fait de pouvoir amener rapidement des productions dans des formats considérables, compte tenu du nombre de participants, et avoir un véritable échange, pictural et intellectuel avec les amis du groupe, s’ouvrir à d’autres langages et répertoires de formes."

Swiz - Mur "Frenchkiss" collaboration avec Zoer | Urbanity - Urban fine art gallery

Tu as commencé le graffiti en 2000 en inscrivant ta signature sur un toit parisien. Aujourd’hui, ton travail a acquis une véritable reconnaissance dans le milieu de l’art. Si tu observes rétrospectivement les années qui se sont écoulées, quel regard porterais-tu sur l’évolution de ta carrière ?

"La peinture m’a apporté beaucoup de bonnes choses, quelques mauvaises, mais je suis heureux d’avoir trouvé quelque chose qui me porte au quotidien, qui soit évolutif et enrichissant. Construire une peinture permet aussi de se construire soi-même. Ça m’a amené à m’intéresser à beaucoup de domaines différents, à voyager, à rencontrer beaucoup de gens, dont certains sont devenus des amis. J’ai simplement aujourd’hui envie de continuer de peindre, d’écrire, d’apprendre et d’évoluer."

Swiz - Intervention in situ "Je Swiz ici" | Urbanity - Urban fine art gallery

Expositions & projets


2017



"Structure et déconstruction", exposition personnelle, Galerie Barthelemy Bouscayrol, Biarritz (France).
"2km3", œuvre in situ monumentale de 1000m2, Saint-Gervais-les-bains (France).
"Opened circle", exposition collective avec Alexey Luka, Galerie Zimmerling & Jungfleisch, Sarrebruck (Allemagne).
Urban art biennale, Völklingen (Allemagne).
"Black supermarket", installation in situ, Paris (France).

2016



"Eclosion", exposition personnelle, 44309 Street art gallery, Dortmund (Allemagne).
"Autodiagnostic alphabétique",
fresque dans l'espace public (70x4m), Festival Rouen Impressionée, Rouen (France).
"Street art : a global view", exposition collective curatée par Magda Danysz, CAFA Art Museum, Beijing (Chine).
"G-shock vs urban art - 10 ans de collaborations artistiques", exposition collective, Galerie Openspace, Paris (France).
"Chaos control", exposition personnelle, David Bloch Gallery, Marrakech (Maroc).
Swiz / 36Recyclab / Nascio, exposition collective, MMartproject, Paris (France).
Mur du Pavillon Carré de Baudouin, projet coordonné par Art Azoï, Paris (France).




2015



"INexterieur", exposition collective dans le cadre de la FIAC, Roche Bobois, Paris (France).
"Sensitive eye", exposition collective, David Bloch Gallery, Marrakech (Maroc).
Galerie Tatiana Tournemine, Gstaad, (Suisse).
"Géométries variables", Espace contemporain, Valence, (France).
Collaboration avec Agnès B, Fashion week A/W2015, Paris, (France).
"Sans titre", Galerie Mathgoth, Paris, (France).


2014



"Géométrie alphabétique", Exposition personnelle, librairie "Les Extraits", Rueil-Malmaison, (France).
"Opposition", Galerie Mathgoth, Paris, (France). 
"Close together", 44309 Street Art Gallery, Dortmund, (Allemagne).
"Le mur XIII", Mural, Paris, (France).
"A Major Minority", 1AM Gallery, San Francisco, (Etats-Unis).


2013



Exposition personnelle, La boucherie du 8, La Celle Saint-Cloud, (France).
"Dans les Entrailles du Palais Secret", Palais de Tokyo, Paris, (France).
"Graffiti : Tableaux de maîtres", Fondation Pierre Bergé, Palais de Tokyo, Paris, (France).
"Bras Cassés", espace Confluences, Paris, (France).
"Urban walk", Galerie Voskel, Paris (France).
"Graffuturism", Galerie Openspace, Paris, (France).
"Projet des Bains-douches", Galerie Magda Danysz, Paris, (France).
"Correspondances", Musée de la poste, Paris, (France).

2012



"400 ML", Maison des Métallos, Paris, (France).
"French kiss", Paris, (France).
"Mausolée", Paris, (France).
"Hors du temps II", Galerie Openspace, Paris, (France).

2011



"Lettres de noblesse", Palais de Tokyo, Paris, (France).

2010



“Summer graffiti”, exposition collective et intervention in situ, Rignac, (France).

“Abstract Writing”, Galerie particulière, Nouméa, (Nouvelle Calédonie).

“Mi nombre es todos”, fresque murale échange Toulouse/Saragosse, (Espagne). 




2009



"TAG", Grand Palais, Paris, (France).
"Feu Vert", Paris, (France).




Démarche

"Sans doute faut-il savoir se perdre pour trouver. [...] Aussi, mes peintures invitent à l’égarement, à se frayer son propre chemin ou à découvrir les mots qui s’y trouvent éventuellement. Mais je ne cherche pas à laisser le spectateur complètement perdu face à une situation inextricable, Une structure géométrique apparaît suffisamment nettement pour qu’il puisse "avancer". Dans mon cas, cette structure est assez similaire à celles des villes telles que nous les connaissons en occident." Swiz

Swiz - Œuvre "Imago" | Urbanity - Urban fine art gallery

"Adepte du spray, de l'acrylique et de la scie-sauteuse, entre la photographie aérienne et le circuit électronique, les expérimentations graphiques amènent l’artiste Swiz à développer un style classé "Futuriste". Qu’il parcoure les rues de la capitale ou les "no man’s land", tout lui est prétexte pour transformer ces espaces en aires de jeux. Il fera notamment la couverture de l’ouvrage "Hors du temps 2" qui illustre ce mouvement. Il fera également parti de l’aventure "Mausolée" : un supermarché abandonné dans le nord de Paris avec une multitude de murs vierges répartis sur quatre étages. Swiz laisse son empreinte sur les murs comme un "Mot de passe" lui permettant ainsi d’accéder au niveau suivant. Le travail en atelier renforce son goût prononcé pour l’écriture, c’est en se séparant des contours que Swiz décide de déshabiller les lettres de ses "effets de style" pour revenir à la simplicité des lettres initiales. Il réinitialise son approche et joue avec le sens des mots comme il joue avec les règles typographiques. Les lettres deviennent des formes qui se divisent, se chevauchent. Est-ce le désordre des lieux à l’abandon qui lui ont finalement insufflé ce besoin d’organisation, ou plutôt l’envie de donner du sens à son travail dans la logique d’une mathématique des formes, voire d’une mathématique des mots. Faisant écho au "Bauhaus", ses lettres se juxtaposent de façon ludique, Swiz vient orchestrer ses compositions sur des modules en bois aux découpes futuristes dans une harmonie colorée à la manière d’un origami. La géométrie de son support serait alors la conséquence de ses errances. Toutes ces salles si souvent investies par l’artiste, telle des boîtes qui s’ouvrent et se déplient le positionnent alors dans un jeu de "géo localisation" : JE SUIS ICI. Et comme un jeu astucieux de facettes il suffit de s’attarder un peu sur une œuvre pour trouver la combinaison et décrypter son message." (Texte Florent Perrigault).

Swiz - Œuvre "Future is now" | Urbanity - Urban fine art gallery

  • Acquérir: 3 600 €

    Swiz - Huile et acrylique sur bois avec encadrement caisse américaine noire, 137X96cm, 2015
    Vendue
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    3 600 €
  • Acquérir: 5 600 €

    Swiz - Acrylique et huile sur toile avec encadrement caisse américaine noire, 168.5X120cm, 2015
    Disponible
    5 600 €
  • Acquérir: 4 390 €

    Swiz - Acrylique et huile sur toile avec encadrement caisse américaine noire, 153.5X103cm, 2017
    Disponible
    4 390 €
  • Acquérir: 165 €

    Swiz - Sérigraphie 3 couleurs rehaussée acrylique fluo, 50X50cm, 2015
    Vendue
    165 €
  • Acquérir: 2 650 €

    Swiz - Huile et acrylique sur bois avec encadrement caisse américaine noire, 123X88cm, 2015
    Vendue
    Acquérir
    2 650 €


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